CLUB DES AMIS DU BEAUCERON
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Sylvie HUE
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Peut-on fabriquer un, chien dangereux ?

Dans l'histoire multimillénaire du pacte qui a lié le développement de l'espèce humaine avec canis familiaris, l'état de nos connaissances sur les civilisations nous apprend que les chiens sont souvent à l'image des valeurs défendues par les populations qui les sélectionnent.

Chiens de chasse, chiens de berger, de garde ou de guerre, le propos d'aujourd'hui concerne essentiellement les chiens dits de garde et d'utilité et les chiens de berger dont la sélection a vite réorientée depuis un siècle vers l'emploi de chien de défense.

Ernst Jünger, que le Docteur Philippe de Wailly a bien connu, a particulièrement bien décrit dans son ouvrage "Les falaises de marbre" la nature du chien dans les sociétés humaines primitives. L'actualité nous parle, elle, de Pit-bull sanguinaire et de Rottweiler patibulaire. L'imagerie populaire du petit chaperon rouge a transformé le loup dans la forêt en Pit-bull dans la banlieue. La question posée par nos journalistes et hommes politiques est en fait : Le chien est-il un loup pour l'homme ?

Fabriquer un chien dangereux

Les résultats de la sélection avec le recul de plus d'un siècle nous démontrent que les bergers allemands ou le berger belge malinois après avoir quitté leurs troupeaux vers 1890 sont devenus des chiens de défense très performants. La sélection a porté sur le courage, la combativité et la technique de prise de gueule. De la prise bergère rapide avec les incisives, nous sommes passés à la prise tenue à pleine gueule afin de pouvoir neutraliser un humain s'opposant aux forces de police. Cette aptitude est sélectionnée avec le travail sur le costume d'attaque et n'implique à aucun moment la notion d'agressivité envers l'être humain. A l'entraînement, ce chien peut jouer avec l'homme d'attaque, faire son travail mordant et ensuite se faire caresser par le même homme qu'il considère comme un partenaire sportif.

Les entraînements sont codifiés par des règlements officiels de la Société Centrale Canine : Concours en ring, travail pratique en campagne et règlement international. Du chien de berger intelligent mais souvent méfiant vis-à-vis de l'homme nous avons fait un chien de service, auxiliaire du pompier, du gendarme ou du douanier. Les dogues et les terriers sont par essence différents. Chiens de garde et chiens de guerre de l'antiquité à nos jours pour la garde, jusqu'au XV, siècle pour la guerre, les dogues n'ont pas l'obéissance, l'éveil et la disponibilité du dressage du chien de berger. Ils sont par contre calmes et très confiants envers l'humain.

Les terriers de type bull sont turbulents, désobéissants, sociables envers l'humain mais ils ont souvent la tête près du bonnet vis-à-vis des congénères et des animaux en général. Historiquement leur origine se retrouve dans les chiens de prise lors du ferme au sanglier (alan vautre) et dans la sélection pour les combats entre animaux. Dogues lourds contre les taureaux et les ours, dogues légers et terriers de type bull pour les combats entre chiens.

Les chiens d'utilité du 21 groupe, Dobermann, Riesenschnauzer sont également issus de cocktail dogue-terrier, les boxers et rottweilers sont eux des dogues typiques, l'hovawart est un vieux type berger. Nous avons ainsi abordé l'ensemble des types comportementaux des chiens des 1°, 2e et 3e groupes.

L'analyse de la dangerosité

Elle n'est pas toujours là où on l'attend. Le rottweiler de 50 kg agressif envers l'entourage et tenu par un pré-adolescent de même poids crée une situation de dangerosité dès qu'il entre en contact avec la rue. Le chien est puissant, de caractère fort, le maître n'est physiquement pas à la hauteur et l'équipe évolue dans un milieu où l'accident peut se déclencher à tout moment. C'est un dilemme en matière de sécurité publique mais sûrement pas d'ordre zootechnique. Ce même chien tenu par un adulte ayant autorité sera considéré comme normal. Deux races très populaires, le labrador retriever (10 000 naissances) et l'épagneul breton (plus de 5 000 naissances) ont une excellente réputation. Pourtant la SPA reçoit de plus en plus de labradors mordeurs et l'épagneul breton est très souvent cité pour les cas de morsures. Les labradors sont dominants et souffrent d'une production anarchique, certains sujets sont caractériels, bagarreurs avec les congénères et n'acceptent pas l'autorité. L'épagneul breton est un chien très autonome, d'une grande adaptabilité. Tout en ayant un comportement amical, il peut rapidement donner un coup de dent si on lui impose quelque chose ou s'il prend un coup. Les Français sont pourtant et resteront attachés à ces deux races populaires car il est accepté qu'un chien morde tant que le déclencheur de l'acte est identifiable au même titre qu'un chat griffe et un cheval rue.

C'est quand le physique fait peur que la société n'accepte plus le risque. Il fait peur quand il ressemble à un gros chien d'utilité donc un chien connu pour avoir des aptitudes de garde et de défense ou quand cette attaque est imprévisible. Pour les chiens de garde et de défense, la sélection et le dressage ont leur importance respective. La sélection qui viserait à développer inconsidérément l'agressivité trouverait vite ses limites car si un chien ne respecte plus le maître, il ne présente plus d'intérêt en tant que chien de défense, d'un facteur de sécurité il se transformerait en risque. De même, un tel chien ne pourrait absolument pas intégrer une cellule familiale et l'on peut imaginer que le pire des loubards répugne à faire mordre sa mère ou sa fille.

Le dressage sur la méchanceté très limité sur ces effets, mordre une personne à proximité immédiate ou le dressage sophistiqué des administrations qui permet la neutralisation d'un individu armé à grande distance implique une responsabilité directe du maître, c'est pourquoi le dressage sauvage doit être sanctionné et dissocié de l'entraînement sur costume rembourré pratiqué par les associations de sélection de l'espèce canine de la Société Centrale Canine pour l'amélioration des races de chiens en France (800 en France).

L'attaque imprévisible

Des croisements inconsidérés non pas entre "costauds" mais plutôt entre sujets d'origine travail donc performants en terme d'utilité et des sujets instables et peureux peuvent produire des sujets dangereux. Dans le passé, certains éleveurs faisaient saillir leur plus belle lice si elle était de caractère insuffisant avec un solide champion de travail, ceci dans le but d'améliorer la lignée sur le plan comportemental. C'est évidemment une erreur car en terme d'élevage une qualité ne compense pas un défaut et le résultat pouvait être désastreux. A savoir l'obtention d'un chien instable et mordant qui réagira à la première surprise.

La politique d'élevage des clubs de race qui privilégie la sociabilité en premier test de comportement ainsi que la mise en place de brevets d'obéissance probatoires aux épreuves de chiens d'utilité ont déjà permis de notables améliorations à l'exemple du Dobermann, le fauve des années 70 dont on n'entend Plus parler comme tel maintenant. Le berger allemand n'est Plus cité dans les faits divers, c'est actuellement un chien remarquable d'équilibre après avoir traîné une réputation liée à son emploi par les troupes allemandes. Le boxer était le Pit-bull allemand il y a un siècle, C'est maintenant le chien considéré comme l'un des Plus sûrs au contact des enfants.La sélection raisonnée a donc fait ses preuves pour des races connues depuis plus d'un siècle, il y a par contre lieu d'être plus prudents pour des races dont les antécédents Sont inconnus, molosses d'Asie Centrale, dogue d'Asie Mineure ou chiens de combat hispaniques. Le chien dangereux, c'est avant tout l'instable comportemental qui doit être suivi par son vétérinaire traitant et écarté de l'élevage s'il est d'origine officielle. C'est un sujet entraîné sur l'agressivité à des fins délinquantes. C'est parfois un sujet puissant et de fort tempérament entre les mains d'un préadolescent. Hormis le premier cas, c'est toujours en relation avec la responsabilité civile et pénale du propriétaire. Le chien est par essence irresponsable et si la notion de race est pratique en terme de population comportementale à contrôler ou à éradiquer. Les cas sont individuels et toute solution globale est injuste par définition et pose la question éthique du bien fondé de l'éradication d'une variété d'espèce animale. L'arsenal des lois existantes, le renforcement des pouvoirs de police en matière d'identification et de saisie, le développement de l'éducation canine et du suivi de l'élevage par les ministères de tutelle doivent permettre d'endiguer cette vague de chiens à tête de crapaud, symbole de puissance et d'identification pour les bandes de banlieue et qui par leur simple présence créent un sentiment de peur et d'insécurité que la population répercute immédiatement à ses élus dont le rôle est de légiférer sur les dysfonctionnements sociaux.

André VARLET

Président de la Société Canine de l'ile de France Président de la Commission d'Utilisation du Club Français de chien de Berger Beige

Communication présentée à l'Académie Vétérinaire le 1", octobre 98